Justice pour Benyoucef MELLOUK

 

Pétition à l'attention de Monsieur le Président de la République

                                 

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Benyoucef, le témoin qui dérange

Jamais une affaire n’aurait pourtant été aussi limpide et facile à traiter par la justice que celle que lui a soumise Benyoucef Mellouk par voie de presse en ce mois de mars 1992. Tout y était et y est encore. Les noms des faussaires, leurs fonctions passées et présentes, les documents falsifiés glissés dans leurs dossiers administratifs, les manques à gagner pour le Trésor public et l’énorme préjudice moral causé aux véritables acteurs de la guerre de Libération nationale. Seul problème, les faussaires étaient ou sont encore des magistrats. Une corporation à laquelle on ne s’attaque pas sans risque, surtout lorsqu’elle décide de faire corps avec les brebis galeuses qui la discréditent. Mellouk le paiera de 10 jours d’incarcération dans un premier temps, puis d’une autre nuit de cellule la veille de son procès en octobre 1999 et enfin de trois ans de prison avec sursis pour «subtilisation de dossiers administratifs et divulgation de leur contenu». Le plus extraordinaire dans l’affaire étant que la justice algérienne n’a tenté aucune démarche officielle de quelque ordre que ce soit pour faire restituer les documents compromettants au ministère de la Justice, d’où ils sont censés avoir été dérobés. A l’audience du procès, Benyoucef Mellouk insistera même à trois reprises auprès du président du tribunal criminel pour proposer de rendre les documents authentiques à condition qu’ils soient officiellement pris en charge par la justice. A la stupéfaction de l’assistance, le président du tribunal criminel d’Alger paraîtra même passablement effrayé à cette seule perspective en arguant que ce n’était pas là l’objet du procès. Alors qu’en termes de droit, ces documents constituent même le corps essentiel du délit et devaient donc en principe être remis à la justice, puisque l’accusé se propose de les mettre à sa disposition. Ce n’est assurément pas là le seul motif à étonnement dans un dossier où la justice a délibérément décidé de regarder du mauvais côté de la vérité et où elle continue à laisser apparaître l’accusateur sous les traits de l’accusé. Mellouk continue à ce jour de subir les injustices d’un système basé sur le faux. Il aura en 13 ans alerté les plus hautes autorités du pays sur son cas, et hormis Mohamed Boudiaf qui l’a fait sortir de prison et qui avait pris l’engagement public de nettoyer la justice algérienne avant de se faire assassiner, trois autres Présidents ne pourront rien faire ni pour le rétablir dans ses droits ni pour assainir un appareil judiciaire gravement entaché par la corruption, le népotisme et le recours aux procédés les plus condamnables pour favoriser des parties sur d’autres. Benyoucef Mellouk aura donc encore porté les stigmates de l’injustice une année de plus et ne sait pas de quoi sera fait 2006. Aura-t-il enfin son passeport ? Sera-t-il enfin rétabli dans ses droits par une administration judiciaire qui continue à voir en lui l’empêcheur de tourner en rond ? Ou ce qui est plus probable, continuera-t-il à être l’incarnation d’une justice encore prisonnière des rapports de forces politiques ? La réponse se trouve au fond d’un puits, dont le couvercle a été scellé voilà 50 ans par une colonisation française fort prévoyante. 

 

 

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